Groupe sanguin A ou groupe sanguin B
 

   Mariage à risques ? 
Par le Docteur Michèle Fradin
 

Chez le chat on distingue trois groupes sanguins différents :
 le groupe A (le plus fréquent), le groupe B et le groupe AB (très rare).

 

Des études portant sur environ 1000 chats aux Etats-Unis ont été réalisées par le Professeur Giger
 de l’Université de Pennsylvanie et ont permis d’établir la fréquence des différents groupes.
 

Groupe sanguin du chat
 

Fréquence approximative des groupes sanguins A et B du chat aux Etats-Unis.
(échantillon de plus de 10 000 chats)
 

                                                                                                      

     

 Chats croisés à poils courts :
 

RACES GROUPE A
 

                      GROUPE B
 

Nord-est/centre des Etats-Unis

     99%

       1%

Sud des Etats-Unis

     98%

       2%

Ouest des Etats-Unis

     95%        5%

Siamois, Burmese, Tonkinois, Bleu Russe

   100%

       0%

Maine Coon, Norvégien, Persan colour Point

93-98%

    2-7%

Abyssin, Sacré de Birmanie, Persan, Somali, Sphinx, Scottish fold

80-89% 11-20%

Exotic et British shorthair, Rex Cornish et Devon  

60-79% 21-40%


Héritance des différents groupes
 

Les groupe A et B sont des allèles au même locus.
 

Le groupe A est dominant sur le groupe B. C’est à dire que les chats du groupe B sont homozygotes
 sur l’allèle B (BB) alors que les chats du groupe A sont homozygotes (AA) ou hétérozygotes (AB) pour l’allèle A.

 

Tout croisement avec un des parents homozygotes A donne toujours des chatons du groupe A,
 alors que le croisement entre 2 parents hétérozygotes de groupe A va produire des chatons du groupe B.
 

On n’explique pas encore comment le troisième groupe sanguin, le type AB (qui est très rare) peut exister.


Réactions d’incompatibilité entre les différents groupes sanguins
 

Les différents groupes sanguins sont déterminés par la présence de marqueurs sur la membrane des globules rouges du chat. En plus de ces marqueurs, on trouve dans le sang des chats des anticorps dirigés contre les marqueurs des autres groupes sanguins.
 

Ainsi les chats de groupe A fabriquent des anticorps anti-groupe B et les chats de groupe B des anticorps anti-groupe A.
 

Ces anticorps sont à l’origine des réactions d’incompatibilité que l’on observe lors de transfusion sanguine quand on ne respecte  pas les groupes sanguins, mais aussi de réactions chez les chatons nouveau-nés issus de parents de groupes différents.
 

Les anticorps anti-B que possèdent les chats de groupe A ne sont pas très « méchants ».
 

Ainsi on n’observe pas de réactions d’incompatibilité chez les chatons de type B nés de mère A.
 

Par contre les anticorps anti-A élaborés par les chattes de groupe B sont très actifs contre les chatons de groupe A
qui peuvent à la naissance présenter des jaunisses et mourir.

Contrairement à ce qui se passe dans d’autres espèces animales, les anticorps anti-groupe A
sont présents en permanence chez les chats de groupe B.
 

Ainsi une mère de groupe B fera des anticorps contre ses chatons de type A dès la première portée.


Réactions observées lors de transfusion sanguine
 

Chez les chatons de groupe sanguin A nés de mère de groupe B et de père A, on peut observer l’apparition d’une jaunisse et la mort dans les premiers jours de vie.
 

Contrairement à ce qui se passe chez l’homme, les anticorps de la mère ne traversent pas le placenta des fœtus.
 

Les chatons ne risquent rien avant la naissance.
 

Par contre les anticorps de la mère sont présents dans son colostrum et son lait. Les anticorps sont absorbés par les chatons dès la première tétée.
 

Si la mère est du groupe sanguin B, les chatons vont absorber des grandes quantités d’anticorps anti-A.
 

S’ils sont du groupe A, ces anticorps vont attaquer leurs globules rouges et les faire éclater ; c’est ce qu’on appelle l’isoérythrolyse néo-natale.
 

Le chaton peut alors mourir subitement sans même présenter de symptômes. Il peut aussi avoir des urines foncées et des muqueuses jaunes avant de mourir.
 

On pense actuellement que la cause la plus fréquente de mortalité des chatons nouveau-nés atteints du « fading syndrome » (chatons qui dépérissent lentement en quelques jours), c’est l’incompatibilité des groupes sanguins.
 

Cette incompatibilité peut aussi se présenter sous une forme atténuée et retardée : le chaton va présenter une nécrose du bout de la queue à partir du douzième jour, voire plusieurs semaines.
 

Dans une même portée on peut avoir des réactions différentes parmi les chatons suivant la quantité d’anticorps qu’ils ont ingérés.


 MARIAGES A RISQUES…
 

 

 Pourcentage de chats

Proportion    

 

Groupe B

Mariage A

   

 

Dans une race 

Risque

   

 

0 %

0 %

   

 

10%

 9 %

   

 

 20 %

16 %

   

 

30 %

21 %

   

 

40 %

24 %

   

 

50 %

25 %

   

 

60 %

24 %

   

 

 75 %

19 %

   

 

100 %

0 %

   


Mesures pour éviter de perdre des chatons
 

Pour éviter ces réactions, il y a plusieurs précautions à prendre quand on fait reproduire des races appartenant aux races à risques.
 

Tout d’abord sérotyper tous les reproducteurs, c’est-à-dire identifier leurs groupes sanguins et ne croiser les femelles de groupe B qu’avec des mâles de groupe B.
 

Cependant, si des mâles de groupe B ne sont pas disponibles ou si on préfère utiliser un mâle de groupe A pour d’autres raisons, on peut (en acceptant le risque de perdre des chatons) prendre quelques mesures : isoler les chatons nouveau-nés dès la naissance, ce qui implique d’être là pendant tout l’accouchement pour retirer les chatons un à un.
 

Deux nouvelles découvertes ont été faites récemment par le Professeur Giger et son équipe.
 

Le colostrum qui est le liquide sécrété par les mamelles juste après l’accouchement, est riche en anticorps (immunoglobulines) qui vont protéger le chaton contre de nombreuses maladies jusqu’à ce qu’il soit en âge de fabriquer lui-même des immunoglobulines. Il contient aussi les anticorps anti-groupes sanguins tant redoutés.
 

Le lait qui fait suite au colostrum est dans de nombreuses espèces beaucoup moins riche en anticorps. Le Professeur Giger a démontré que chez la chatte, le lait était aussi riche en anticorps que le colostrum.
 

Le lait d’une chatte peut donc servir à nourrir des chatons nouveau-nés orphelins quel que soit son stade de lactation.
 

Autre découverte : un animal nouveau-né boit le colostrum et les anticorps ingérés vont être absorbés par sa paroi intestinale qui va les laisser passer dans  le sang (un intestin d’animal adulte est incapable d’absorber des anticorps).
 

Chez le chaton on pensait que les anticorps pouvaient traverser la barrière intestinale pendant les 3 premiers jours.
 

Le Professeur Giger a montré que c’était faux et que les anticorps n’étaient absorbés par l’intestin du chaton que pendant les 16 premières heures de vie.
 

Ensuite, comme chez un animal adulte, les anticorps sont soit détruits dans l’estomac du chaton, soit éliminés dans les selles.
 

Ces deux découvertes impliquent donc pour un éleveur, pour éviter les réactions d’érythrolyse néo-natale de :

Séparer les chatons A d’une mère B pendant les 16 premières heures de vie seulement (et non pas pendant 3 jours comme on préconisait auparavant)
 

Faire allaiter les chatons nouveau-nés pendant ces 16 heures par une autre femelle quel que soit son stade de lactation
 

Remettre les chatons à leur mère ensuite pour éviter qu’elle ne se tarisse.
 

Il est donc prudent lorsqu’on veut faire reproduire une femelle de groupe sanguin B avec un mâle A de faire saillir dans les jours qui précèdent une femelle de groupe A qui pourra servir de nourricière aux petits de la mère B et ce pendant quelques heures.
 

CONCLUSION :
 

Si vos chats reproducteurs font partie des races à risque d’incompatibilité sanguine, il est bon de connaître leurs groupes sanguins.

Vous pourrez ainsi mieux prévoir les risques encourus par les chatons et faire diminuer les taux de mortalité due aux incompatibilités sanguines.
 


 Copyright Anouchat

 


Mise à jour le 12.01.2003